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déc 2011 08

Sociologie et Web Social ❘ « Ceci est mon corps »

Posted in Sociologie, Tendances Sociales - vu 499 fois

 Bientôt deux ans passés ici sur les réseaux, deux années à expérimenter ma PRESENCE en ligne, à construire mon identité virtuelle, à poster des photos, des indices de trace corporelle grâce auxquelles je m’incarne, à tenter de comprendre où se situe la limite. A leurs débuts, les réseaux étaient de simples pages d’informations, qui sans les images et la personnification auraient eu beaucoup moins de succès. Une photo c’est un visage, parfois  un sourire, donc une personne. Sans cette esquisse l’échange serait totalement diffèrent et ce bien sûr parce que cette mise en corps atteste d’une présence dite réelle. 

Ces images sont des indices de vie humaine. Les internautes se précisent en termes d’écrits et de représentations physiques, afin de créer le lien.

Nous sommes donc en quelque sorte devenus les metteurs en scène de notre présence. Nous interagissons grâce à ce qu’on appelle un avatar. Nous nous pixélisons et  la toile devient notre miroir et derrière tout cela, il y aura toujours un être fait de chair et d’os qui cherche à s’exprimer. Après chacun est libre de savoir ce qu’il veut donner à voir ou livrer. Les personnes en ligne peuvent être à peine suggérées ou carrément exhibées. On assiste à une mise en scène du quotidien, on raconte notre vie en tentant d’y intéresser les autres.

La communication numérique par l’image et donc les medias sociaux ont humanisé la technologie.

Avant le courrier était de mise notamment dans les relations amoureuses, aujourd’hui je te «sms», je te «MP» et je te «mail» je peux également renforcer le sens de mes mots, grâce aux émoticônes par un sourire, un cœur, un clin d’œil, ajoutant ainsi une dimension empathique aux messages. Au fil du temps, des discussions, des échanges je me suis rendue compte qu’on pouvait très rapidement se faire une idée ou encore un ressenti plus ou moins précis de nos contacts, de la même manière on peut aussi se tromper. Et quand on voit ce qui se joue parfois, lorsque deux personnes chacune devant leur écran, à des kilomètres l’une de l’autre parviennent à créer un discours intimiste, se pensant Les deux seuls connectés au monde, c’est surprenant, alors que des millions font exactement la même chose au même moment.

Pourtant la contradiction persiste et l’on entend encore que ces outils créateurs de liens, amicaux professionnels et amoureux que sont les réseaux seraient désocialisants ? Pourquoi écrire sur un clavier et aller vers l’autre le serait-il ? J’ai lu des témoignages expliquant que dans ces temps difficiles économiquement, des étudiants préfèrent se priver de sorties que d’annuler leur abonnement internet. Pourquoi ? Parce qu’ ils se connectent aux autres et rompent la solitude.

Cette angoisse est pourtant tenace, toujours cette dualité réel/virtuel alors que nous sommes constamment joignables, connectés et même repérables. Alors mythe ou réalité ? Je pense que nous nous servons de notre présence virtuelle afin de nous projeter dans le réel, c’est juste le moyen de communication qui a changé.

Bien sûr qu’ils existent des déviances, comme ces dits « murés » au Japon qui ont rompu toute vie sociale au profit des jeux. Certains se créent même de faux profils, mais toutes les sociétés ont leurs propres perversions. On entend beaucoup parler de problèmes de confidentialité, c’est une réalité que nous ne pouvons ignorer.

Nous menons en quelque sorte une double vie, rien ne me semble négatif dans le fait de tenter la rencontre et de mettre en place une forme de communication, un échange. Pourquoi les sites de rencontres attirent –ils autant de personnes ? Peut -être parce que finalement plus personne n’aborde personne dans son quotidien et que cette mise en relation facilitée par le numérique permet plus de «confidentialité»: le temps des mots, de la découverte, la suite appartient au réel …

Et une chose m’a vraiment frappée ce sont des statuts qui parfois soudainement nous annoncent : « je vous informe que je ne serai pas en ligne quelques jours, je m’absente mais penserai à vous»… La Présence est donc bien réelle et prégnante. C’est devenu si facile de parler à des inconnus finalement ! Facebook, Twitter et autres consœurs sont comparables à de merveilleux thérapeutes du 21ème siècle : on s’assoit, ils écoutent et partagent. J’ai beau prendre du recul, je ne me sens pas désocialisée,  bien au contraire. Peut-être parfois légèrement schizophrène en proie à un dédoublement de la personnalité mais je nous allons bien ! C’est pourquoi une nouvelle fois à tous les opposants au Régime Numérique, je revendique cet Etat sans gouvernance auquel j’appartiens et qui lui ne connait pas la crise. L’austérité et la récession ne sont pas de mises ici.

Une étude menée par Paul ZAK (Neurolégiste) explique que la fréquentation des réseaux sociaux tels que Twitter, Facebook stimule la production d’ocytocine dans le cerveau… hormone du bonheur !

Je retiendrai donc cette semaine cet hommage vibrant que nous avons rendu à Constant, le feu poisson de Mathieu qui avait bien besoin de notre présence. Et comme le disait Arletty dans Hôtel du Nord : «Atmo’ Sphère ! Atmo SPHERE est-ce que j’ai une gueule d’Atmo –SPHERE ?

Par @isabellemongnot 

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